Vivre les yeux grands ouverts.




L'unique chose qui puisse être pire que d'être aveugle est d'avoir la vue, mais pas de vision. ~Helen Keller

Il y a quelques jours, j’ai regardé le Ted Talk de Isaac Lidsky, l'auteur de Eyes Wide Open.

Il parle d’un sujet qui me passionne : de quoi est vraiment faite notre réalité, et l’idée qu’elle est bien plus « molle » que ce que nous imaginons.

"La réalité n’est pas quelque chose que vous percevez, mais quelque chose que vous créez."

C’est avec ces mots qu’est présentée sa conférence.


Il se présente lui-même tout d’abord comme diplômé d’Harvard à l’age de 19 ans, dirigeant d’une compagnie de construction à Orlando, ayant joué dans un sitcom pour la télé et perdu la vue du à une rare maladie génétique.


Entre 12 et 25 ans, sa rétine s’est petit à petit détérioré, au point de ne plus rien voir du tout, et paradoxalement, ajoute-t-il, c'est devenir aveugle qui lui a appris à vivre sa vie les yeux grands ouverts.


"Qu'est-ce que ça fait de voir ? C'est immédiat et passif. Vous ouvrez vos yeux et le monde est là. Voir, c'est croire. La vue est la vérité. Pas vrai ? Eh bien, c'est ce que je pensais."


Perdre la vue lui a appris à remettre en question toutes les suppositions qui faisait sur la vie. Par exemple il était persuadé qu’en devenant aveugle sa vie allait devenir petite, insignifiante et qu’il resterait seul. Il s’avère que sa vie n’est pas devenue petite, et qu’il est marié et l’heureux papa de quatre enfants.


Ne pouvant plus faire confiance à ce qu’il pensait voir, il est devenu plus vigilant et à peu à peu pris conscience que ce que nous voyons n'est pas la vérité universelle. Ce n'est pas une réalité objective.


"Ce que nous voyons est une réalité virtuelle unique et personnelle, construite de main de maître par notre cerveau."


Il explique que selon les neurosciences, pour créer l'expérience de la vue, notre cerveau fait référence à notre compréhension conceptuelle du monde, à d'autres connaissances, à nos souvenirs, à nos opinions, à nos émotions, à notre attention mentale. Et que toutes ces choses et bien d'autres encore sont liées dans notre cerveau à notre vue.


De plus, ces liens fonctionnent dans les deux sens, et la plupart du temps de manière inconsciente. Ainsi, ce que nous voyons a un impact sur ce que nous ressentons, et la façon dont nous nous sentons peut littéralement changer ce que nous voyons.


Si nous demande d'estimer la vitesse de marche d'un homme dans une vidéo, par exemple, notre réponse sera différente si on nous dit de penser à des guépards ou à des tortues.


"Nous sommes arrivés à une contradiction fondamentale. Ce que vous voyez est une construction mentale complexe de votre propre fabrication, mais vous l'expérimentez passivement comme une représentation directe du monde qui vous entoure. Vous créez votre propre réalité, et vous y croyez. J'ai cru à la mienne jusqu'à ce qu'elle s'effondre. La détérioration de mes yeux a brisé l'illusion."


Il conclue en disant que la vue n'est qu'une des façons dont nous donnons forme à notre réalité. Nous la créons de nombreuses autres façons. Par exemple, la peur déforme la réalité.


"Dans la logique tordue de la peur, tout vaut mieux que l'incertain. La peur comble le vide à tout prix, faisant passer ce que l'on redoute pour ce que l'on sait, offrant le pire à la place de l'ambigu, substituant l'hypothèse à la raison."


Quand on lui a donné le diagnostic de sa maladie, il était sur que la cécité allait ruiné sa vie. Que devenir aveugle était une sentence de mort pour son indépendance, que c'était la fin de la réussite pour lui. C'était une fiction née de ses peurs, mais il y croyait.


"C'était un mensonge, mais c'était ma réalité"


Aussi, il nous invite à vivre les yeux grands ouverts.