La peur de l'inconnu



Le mot chaos revient souvent en ce moment. Se relaxer dans le chaos, disait le titre d'un mail que je viens de recevoir. Nous n'aimons pas le chaos, nous voulons de l'ordre et de la simplicité... Oui, c'est rassurant, nous savons à quoi nous attendre, comment réagir, nous connaissons les règles du jeu. Nous pouvons vivre ainsi même à moitié endormis, sur pilote automatique.


Lundi, J'ai appelé une amie pour son anniversaire, et nous avons parler longuement de la vie comme nous la vivons actuellement. Elle est au chômage et s'inquiéte de voir arriver la fin de ses indemnités. Elle a mis du temps à se remettre d'un burnout, et m'a dit avoir réalisé qu'elle était restée dans ce dernier emploi par laxisme. Elle y avait travaillé plus de vingt ans, c'était confortable même si ce n'était pas agréable. Quand elle a commencé à subir du harcèlement, elle a supporté, préférant rester dans cet emploi qu'elle connaissait, plutôt que de risquer l'inconnu.


Et si l'inconnu que je redoute tellement, était mon meilleur ami? ~Laurent Lévy

Si l'inconnu est vraiment inconnu, comment peut-il nous faire peur? Voici une question interessante à explorer. Ce que nous mangerons mercredi midi est inconnu, ce que nous porterons vendredi aussi. Est-ce que cela nous fait peur? Non. Je suppose que non.


Pour le peintre son prochain tableau est inconnu, pour le chef sa prochaine création. La prochaine chanson de Ed Sheeran est inconnue même de lui. Ce n'est pas l'inconnu qui fait peur, ce sont nos projections sur l'inconnu. Si nous ne pensions pas l'inconnu mauvais quelque part, il n'aurait pas le pouvoir de nous faire peur.


Nous n'avons pas peur de ce que nous porterons vendredi, parce que nous ne projetons rien d'apeurant. A moins de savoir que pour une raison x, enterrement de vie de garçon, un bizutage... nous devrons porter une tenue ridicule en public, et dans ce cas ce n'est plus l'inconnu. Nous imaginons ce qui va se passer, et c'est ce qui nous fait peur.


Avancer dans l'inconnu, cela demande de faire confiance à son GPS intérieur.

Un hiver, il y a quelques années, alors que je roulais sur l'autoroute en direction de la haute Savoie, le brouillard soudain était devenu si épais que je ne voyais plus rien autour de moi, à part un mètre de route éclairée par les phares. J'étais sur la file de gauche, impossible de m'arrêter au risque de me faire percuter par les voitures derrière moi. Il me fallait continuer d'avancer et conduire sans aucune visibilité. Je m'en suis remise à la vie, en me concentrant sur l'instant présent, ma conduite et mon ressenti. Je ne sais plus combien de temps cela a duré, mais c'était une éternité.


En passant de l'incertitude mentale du comment à l'immédiat spirituel, vous vous êtes placé sous l'influence d'une intelligence que l'inconnu n'effraie jamais, car elle est l'essence même de la compréhension. ~ Guy Finley

Cette expérience, d'avancer dans un brouillard épais, illustre pour moi, la carte du Mat dans le Tarot, celle que j'ai tirée avant d'écrire cet article. J'y vois l'invitation à suivre mon impulsion profonde, même si je ne sais pas où elle va me mener. Faire confiance à ce que je ressens et faire ce premier pas sans avoir la moindre idée des pas suivants. Accepter de voir le chemin se dérouler sous mes pieds. Faire confiance à ce que je ne peux pas encore voir... c'est l'essence même du processus créatif.





Christel

Photo de Benigno Hoyuela