Attention, nous tendons dangereusement vers la pensée unique.




Et si tu laissais les choses se gâter ? me dit le Chariot, ce soir.


j'entends là l'invitation à m'exprimer sur un sujet qui me touche.

Le Chariot me parle de libre arbitre. Dernière carte de la première ligne des arcanes majeurs, il apparait au terme du chemin où nous nous sommes construits dans la matière.

C’est la dernière carte avant d’accéder au plan psychologique, la deuxième ligne, qui commence avec La Justice.

Ce qui a du sens, puisqu’avec le libre arbitre vient aussi la responsabilité. Nous sommes libres de faire des choix et d’en assumer les conséquences.

Seulement pour pouvoir utiliser son libre arbitre encore faut-il avoir l’espace de le faire, c’est à dire avoir plusieurs options disponibles.


Si ce n’est pas le cas, cela ne s’appelle plus un choix.

Là, je pense à une scène du film Marche à l’ombre. C’est l’heure de l’apéro et Michel Blanc demande à Gérard Lanvin ce qu’il veut boire, s’ensuit à peu près cet échange :


- « Qu’est-ce que tu proposes? »

- « Euh, soit Ricard, soit c’est tout. »

- « Bon, je vais prendre un Ricard alors »

Je trouve interessant que cette carte arrive au bout de la première ligne comme une représentation du passage à l’âge « adulte ». Le libre arbitre est, de fait, la capacité de penser par soi-même et de se fonder une opinion.

Jusqu’a présent, c’était possible en France et nous pouvons en être reconnaissants, sachant que dans d’autres pays des personnes risquent leur vie pour vivre, ou simplement dire, leur vérité.

Et en même temps, force est aussi de constater que nous tendons dangereusement vers la pensée unique.

La crise actuelle nous montre qu’il devient de plus en plus compliqué de garder son libre arbitre et sa capacité de choisir.

Depuis le début de cette crise, je m’intéresse au débat avec une sincère envie d’écouter des avis divergents, et j’avoue que je suis souvent choquée par la propagande.

On ne s’adresse plus à des adultes en capacité de choisir, mais à des enfants à qui on explique ce qu’il faut faire, ou pas. On ne demande pas aux gens de réfléchir, et faire preuve de sagesse. On leur dit « c’est soit Ricard, soit c’est tout. »

Et pour couronner le tout, les personnes ayant une opinion différente sont montrées du doigt, tournées en dérision, voire salies.

« Jamais la loi ne s’est appliquée avec une telle brutalité, applaudie par une opinion encouragée en haut lieu à détester ceux qui, minoritaires, voient un danger dans ce vieux monde aseptisé et peureux. »~ Ivan Rioufol

Je trouve tout cela décevant et inquiétant.


Comme le disait Denis Jeambar dans un article de Challenges en mai 2020: aurions-nous oublié que les voix dissidentes et le débat sont une nécessité absolue dans les démocraties sauf à voir la pensée s'y éteindre?


Christel

Photo de Geraltyichen

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